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[Revue] YEMA Spacegraf : la mal-aimée.

Messagepar Kashio » 16 Aoû 2018, 14:10

Bonjour,

Je me lance dans ma première revue sur l'invitation de Reno avec, pour aujourd'hui, la Yema Spacegraf.


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Inutile de revenir sur l'accueil glacial que cette montre a reçu lors de son atterrisage sur le sol horloger français. "Elle est trop trop moche", "beurk, c'est du quartz tout pourri", "coup marketing complètement foiré", voici quelques brefs extraits du Spacegraf bashing qui a sévi lors de sa présentation.

Pourtant, à bien y regarder ces dernières années, le renouveau de l'horlogerie française moyenne gamme n'a guère consisté qu'à fournir de sempiternelles rééditions, souvent médiocres par rapport aux originaux, parfois totalement loupées. Yema n'en finit plus avec les Superman, Rallygraf, Yachtingraf lorsque LIP maintient désespérément sa Nautic Ski sous respirateur artificiel.

Et finalement, dans ce paysage de "déjà vu", j'ai trouvé que la Spacegraf apportait un petit vent de fraîcheur et d'audace. C'est à ce titre qu'elle m'a paru intéressante.


Moderne oui, mais dans la lignée de prestigieuses aînées.


L'histoire a débuté en 1982 lorsque Yema a équipé le spationaute Jean-Loup Chrétien, sur le fondement d'un cahier des charges du CNES, dans le cadre de la mission Soyouz T-6.
Ce modèle à quartz, baptisé "Spationaute", fut la première montre française dans l'espace. Yema sera associé au programme spatial français jusqu'en 1993. Cinq missions au total avec plusieurs versions de la Spationaute à la clé : I,II,III Aragataz, Antares et Altaïr.

La Spacegraf s'inscrit donc dans cette belle histoire puisqu'elle commémore, tout d'abord le premier vol du dixième astronaute français (Thomas Pesquet), ensuite le retour à une collaboration étroite avec le CNES, 23 ans après la mission Altaïr.

Bien que, contrairement à ses aînées, elle ne fut pas destinée à une mission orbitale, la Spacegraf a, malgré tout, passé avec succès la batterie de tests imposée par le CADMOS
(Centre d'Aide au Développement des Activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales).
Parmi ceux-ci, on évoquera le vol parabolique à bord de l'A310 Zero-G qui a maintenu la Spacegraf en impesenteur durant un temps cumulé de 10 minutes.

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Crédit photographique : © S.Rouquette CADMOS/CNES 2018

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Crédit photographique : © S.Rouquette CADMOS/CNES 2018

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Crédit photographique : © S.Rouquette CADMOS/CNES 2018


Je vous livre d'ailleurs la conclusion du rapport :

"Le Cadmos dispose de moyens d’essais mis en œuvre pour préparer les expériences destinées à l’espace,
en plaçant celles-ci dans des situations proches de l’environnement spatial. Parmi cette gamme de
moyens de test, la montre Yema Spacegraf a été testée en vol parabolique, sur un banc de vibration et
dans une enceinte à vide spatial.

En particulier :

Le vol parabolique s’est parfaitement déroulé le 06 avril 2017, dans le cadre de la 128 e campagne
de vols paraboliques de Novespace.
La montre a subi un test de vibration « FM » sans encombre et sans aucune atteinte à son
intégrité, montrant une grande stabilité temporelle de son mécanisme.
Le passage au vide et l’exposition à une pression « martienne » pendant une durée d’une heure
n’a pas altéré le fonctionnement ou l’intégrité de la montre.
Sur l’ensemble des tests subis, la Spacegraf s’est donc parfaitement comportée, au vu de notre
observation, dans les différentes phases de test aux portes de l’espace, montrant sa grande qualité de
conception, son adaptation et sa résistance naturelles aux difficiles conditions de l’exploration spatiale."



En un mot, si elle est gravée du CNES, ça n'est pas que pour faire joli...


Unboxing.

Commandée directement chez Yema, la Spacegraf est arrivée rapidement et sans encombre. Rien que du très classique à ce niveau : surboîte blanche, coffret, notice et une petite carte de remerciement, propre, simple et efficace. Un bémol quand même dès l'ouverture du colis, la montre devait être livrée avec un nato cuir au choix et son bracelet "spatial" à attache rapide velcro. Manque de bol, je n'avais que le nato cuir. Heureusement un petit mail chez Ambre et le second bracelet est arrivé 48 heures plus tard.

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Finition.

Bon, inutile d'instruire le dossier du design, il est clairement décalé et n'a pas enthousiasmé grand monde. Le "X" rouge reste la marque de fabrique de la Spacegraf et symbolise comme évoqué précédemment le 10ème spationaute français. Le cadran est, à mon goût, surchargé en littérature : le gros logo "Y", les traits bleu-blanc-rouge, le "YEMA" en grande police, le "SPACEGRAF" , c'est vraiment trop. Ceci étant et curieusement, à l'usage on ne peut pas dire que cela nuise véritablement à une lecture rapide de l'heure.

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La finition est tout à fait correcte, voire très bonne pour une montre de cette gamme (349 euros tarif catalogue). On retrouve la trotteuse "pelle" chère à Yema, au passage parfaitement calée sur les index du chemin de fer et sur toute la circonférence du cadran ce qui est assez rare. Les cornes sont percées pour faciliter l'extraction des pompes, c'est une excellente idée. Nous sommes sur un diamètre 40 qui conviendra au plus grand nombre. La finesse de la lunette préserve une belle ouverture de cadran. L'entrecorne accepte les bracelets de 20 mm. J'ai monté pour l'instant un Tropic, dont la couleur est un clin d'oeil aux bracelets bleus des Spationautes.

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La Spacegraf existe en cadran blanc ou noir et en modèle GMT ou guichets jour/date. N'ayant aucune utilité du GMT, j'ai préféré la seconde version, d'autant plus qu'une plongeuse 300 m avec la date en français... cherchez bien, ça ne court vraiment pas les rues ! J'aurais aimé une petite finition sur les bords des guichets car, en la matière, c'est plutôt brut de décoffrage.

Le verre est un minéral de base totalement plat; amateur de vintage et d'hésalite bombé, passez votre chemin. En revanche la montre n'en est que mieux protégée des griffures.

Concernant la lunette, je me serais volontiers passé de celle-ci sur laquelle figurent toutes les bases de lancement au monde... aucun intérêt sinon le folklore.

Enfin le fond, sur lequel est gravé le logo du CNES et la mention commémorative.

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Mouvement.

La Spacegraf est motorisée par le Ronda Powertech 517, 11 1/2''', affichant une cale de dérive de -10/+20 sec/mois. Dans les faits il est plus précis que ça, tout au moins sur mon exemplaire.
Pas de quoi filer un orgasme, disons que ce mouvement est un très bon tracteur, qu'il est éprouvé et réputé fiable. Il est alimenté par une pile 371 standard et donné pour 45 mois d'autonomie.


Etanchéité.

Avec un grade à 30 bar, il y a de quoi être serein pour les activités nautiques ou sous-marines. La couronne est bien entendu vissée.

Luminescence.

Voilà, on arrive au chapitre qui me fait terriblement chagrin avec cette montre. Okay, on peut entendre que toutes les aiguilles du monde ne peuvent pas "péter" comme celles tartinées au Lumibrite Seiko, mais il y a tout de même un minimum syndical et la Spacegraf en est bien loin. C'est d'autant plus grave que pour nombre d'entre nous, le manque de luminescence est rédhibitoire sur une toolwatch. Non, franchement monsieur Yema, sortir en 2016 une montre aussi réussie par ailleurs avec un Luminova qui s'évanouit aussi rapidement, cela dépasse l'entendement...

Version spéciale.

Pour les amateurs du genre, Yema propose un vol stratosphérique (35 km d'altitude) pour la Spacegraf. La montre est alors numérotée (99 exemplaires seulement), gravée de la date, de l'altitude et de la température atteinte en vol et livrée avec son certificat. La facture passe à 940 euros pour la version jour/date.


Conclusion.

Vu le faible enthousiasme qu'a déclenché la Spacegraf en France, je serais curieux de savoir combien de pièces ont finalement trouvé preneurs à ce jour. En ce qui me concerne je ne regrette absolument pas mon achat, c'est même une montre que je trouve en définitive très attachante. Tellement dommage toutefois qu'à Morteau on ait confondu le pot de Superluminova avec le pot de Mamie Nova.




J'AIME
- la qualité de finition globale,
- jour en français sur une plongeuse 300m : rare !
- les cornes percées,
- le mouvement sans souci,
- la gravure CNES sur le fond.



J'AIME MOINS
- la piètre qualité de la luminescence : rédhibitoire.
- la fintion des guichets un peu...absente.
- la littérature de cadran surchargée.
- la lunette sans intérêt.
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Re: [Revue] YEMA Spacegraf : la mal-aimée.

Messagepar Reno » 16 Aoû 2018, 14:17

Merci beaucoup pour la revue, Kashio :icon_respect:

Je la trouve nettement plus attachante que sur les photos de stock msp_thumbup


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(jolie photo :thumbsup: )


Et puis j'aime beaucoup ta démarche ;)
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Re: [Revue] YEMA Spacegraf : la mal-aimée.

Messagepar mephissto » 16 Aoû 2018, 14:43

Belle revue.

Je la trouve pas trop mal comme montre :)
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Re: [Revue] YEMA Spacegraf : la mal-aimée.

Messagepar Untel » 16 Aoû 2018, 14:48

Bravo pour cette excellente revue et l'analyse que tu fais a son sujet. difus_good

N'en déplaise à certains, cette montre à ses propres qualités.
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Re: [Revue] YEMA Spacegraf : la mal-aimée.

Messagepar Kashio » 16 Aoû 2018, 16:13

Merci de vos retours messieurs. :Canotier:
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Re: [Revue] YEMA Spacegraf : la mal-aimée.

Messagepar Reno » 16 Aoû 2018, 17:01

Kashio a écrit:Image

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Ah oui, très belle boite, aussi difus_19 (et j'aime aussi décidément beaucoup les NATOs cuir Ambre msp_thumbup )
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Re: [Revue] YEMA Spacegraf : la mal-aimée.

Messagepar Fana » 04 Nov 2018, 23:24

Je découvre en retard cette très belle revue, merci pour le partage !

Je la trouve très sympa cette Spacegraf, dommage pour le lume !
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